À propos de ce chemin étroit

I. Qui nous sommes

Hosomichi n'est pas une visite de sites. C'est un voyage qui suit un seul fil — la fermentation — à travers une terre, et la parcourt à rebours.

Le nom vient de l'Oku no Hosomichi de Matsuo Bashō (La Sente étroite du Bout-du-Monde). Pour Bashō, voyager n'a jamais été se hâter vers un but ; la route elle-même était une demeure. Hosomichi — le chemin étroit — hérite de cet esprit : non la grande route, mais une seule sente qui s'enfonce dans la profondeur d'un lieu ; une profondeur qui ne paraît sur aucune carte ni dans aucune recherche, parcourue sans hâte.

Ce que nous faisons n'est pas d'inventer un récit nouveau. C'est seulement de retisser ce que la terre détenait déjà — un travail qui se poursuit en silence depuis deux, trois cents ans — en un unique chemin qu'un voyageur peut suivre. Rien de plus.

II. Ce que nous offrons

Nous ne vendons pas un produit. Nous sommes un truchement — une manière de parcourir à rebours, sous sa forme la plus dense, une culture que la terre détient déjà.

Non les sites célèbres, mais les lieux qu'aucune recherche ne fait surgir. Non une scène dressée pour le tourisme, mais le lieu de travail entretenu au fil de bien des générations. Une porte qu'on ouvre pour vous ; la parole même de l'artisan ; une goutte qui n'a pas encore paru au monde, déposée sur votre langue. Notre rôle est de nous tenir entre ce lieu et vous, et d'en retrancher tout le superflu.

Aussi un voyage Hosomichi est-il silencieux. Nous ne l'encombrons pas. Nous limitons les lieux visités en un jour et laissons l'espace ouvert. La plus grande retenue est, croyons-nous, le vase où l'on rencontre l'authentique.

III. Ce que l'on ne peut rencontrer qu'ici

Imaginez.

Vous vous tenez dans un petit lieu de travail dont le nom est inconnu. Il ne figure sur aucune carte touristique. Cherchez-le : presque rien ne revient. Et pourtant, derrière cette porte, les mains de bien des générations ont gardé en silence une seule manière, inchangée.

Une goutte vous est offerte ; elle repose sur votre langue. Ce goût n'appartient qu'à cet instant. Et pourtant c'est le même goût que ce lieu garde inchangé depuis des siècles. Dans une gorgée qui passe, quelque chose qui demeure, immuable, habite aussi — ce qui s'en va et ce qui ne s'en va pas vont et viennent comme des ombres, l'un dans l'autre.

Puis vous vous abandonnez à un temps où vous ne faites rien. Une pièce sans un bruit. Une profondeur où la lumière s'est faite basse. Une nuit devenue tout à fait silencieuse. Ce temps « vide » est, étrangement, plein. Le Japon tient depuis longtemps le ma — l'intervalle, l'espace laissé blanc — non pour une absence, mais pour l'abondance même. Vous l'apprenez dans le corps, avant que cela ne vous soit expliqué.

Le plat unique servi au terme du voyage, lui non plus, ne paraîtra jamais deux fois le même — fait pour ce seul moment, une fois et jamais plus (ichigo-ichie). Le travail des mains, immuable, et la saison qui passe se nouent dans un même vase.

À ces sensations, nous ne donnons délibérément aucun nom. Mais si, le voyage achevé, leur grain demeure en vous et que vous souhaitez savoir ce qu'elles étaient — le Recueil tient des textes qui en remontent la source deux fois millénaire. L'expérience d'abord ; les mots ensuite. Tel est l'ordre que garde Hosomichi.

IV. L'immuable et le passager

À la racine de sa poétique, Bashō a placé le fueki-ryūkō : l'immuable (fueki) et le changeant (ryūkō) ne s'opposent pas. Ce qui demeure ne se conserve qu'en continuant de changer. Ce sont les deux faces d'une seule chose.

Ceux qui veillent sur ces lieux méconnus ne font pas autrement. Gardant un travail des mains inchangé depuis des siècles, de ces mêmes mains ils font naître du nouveau, ouvert au monde présent. Garder et ouvrir, sans renoncer ni à l'un ni à l'autre — telle est la parole de Bashō rendue visible.

Nous souhaitons qu'il en aille ainsi de notre voyage : offrir l'ancien non comme une relique du passé, mais comme une culture vivante, maintenant. Chaque fois que vous viendrez, le même chemin étroit montrera un visage un peu différent.

— Le monde humain est lui-même une sente étroite vers les profondeurs.

Ce chemin unique, d'ici, ensemble.